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 la 1ere campagne d Italie 1796

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MessageSujet: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 10:12

DE PARIS A MILAN
MARS-MAI 1796




Les opérations Avril-mai 1796

En Italie la France se trouvait en présence de l'Autriche qui y possédait la Lombardie (capitale Milan) et du Royaume de Sardaigne à qui appartenait le Piémont (capitale Turin).

À part les Républiques de Gênes et de Venise qui gardaient une vague neutralité, tous les autres États ou principautés de la Péninsule faisaient cause commune avec l'Autriche.

L'Angleterre fournissait des subsides et une de ses flottes croisait au large de la Riviera.

L'armée d'Italie formée en 1792, luttait depuis quatre ans dans les défilés des Alpes. Elle avait conquis très rapidement Nice et la Savoie ; mais de 1793 à 1795, ce n'était qu'aux prix de grands sacrifices qu'elle avait pu s'élever d'échelon en échelon jusqu'à la crête des grandes Alpes et s'y maintenir.

Les forces en présence
Au début d'avril, au moment où Bonaparte vint en prendre le commandement en remplacement du vieux général Scherer, cette armée positionnée le long de la côte, occupait les emplacements suivants :

Avant-garde. ­ Masséna (18 000 h) : 2 divisions (Laharpe et Meynier) à Savone et Finale dont 1 brigade (Pijon) poussée à Voltri.

Division Augereau : à Loano, Albenga.

Corps principal (27 000 h). ­ Division Sérurier : Haute vallée du Tanaro. Division Macquart : Haute vallée de la Roya. Division Garnier : Sur la Tinée et la Vésubie.

Trois divisions de la Côte à faible effectif, gardent le littoral depuis Toulon et Nice, etc.

La cavalerie (Stengel) sur le Bas-Rhône ne rejoindra à Oniglia (Oneille) que fin avril.

En face de l'armée républicaine, l'armée austro-sarde maîtresse des pentes septentrionales de l'Apennin était en quartiers d'hiver au sud d'Alexandrie dans le dispositif suivant :

À droite, l'armée sarde de Colli (20 000 hommes) autour de Ceva et Mondovi.

À gauche, 30 000 Autrichiens sous les ordres directs de Beaulieu entre Novi et Gavi.

Au centre, le corps autrichien de d'Argenteau (10 000 hommes) sur la Bormida, de Dego à Acqui.

Enfin, un corps de liaison de 5 000 Autrichiens sous Provera vers Millesimo.

Les Sardes et les Autrichiens doivent agir de concert et prendre l'offensive en Provence avec la coopération de la flotte anglaise.

En résumé et défalcation faite des troupes nécessaires à la garde du littoral, les forces mobiles dont va disposer Bonaparte s'élèvent en infanterie à un peu plus de la moitié de celles de ses adversaires ; elles ne disposent que d'une cavalerie insignifiante et de seulement 40 pièces attelées contre près de 200.


Le plan de Bonaparte

Connaissant « comme sa poche » l'Italie, où il avait opéré en 1794, connaissant encore mieux les hommes, dont il savait tirer parti, prudent et audacieux à la fois, le jeune général allait dès le début s'imposer comme un maître.

Disséminées sur une circonférence de 75 lieues pour garder les principaux passages des Alpes, les deux armées des Alpes et d'Italie se tenaient dans une vaine défensive.

C'est avec un plan offensif que se présente Bonaparte. Ce plan longuement médité, proposé dès 1794, consiste essentiellement à tourner la barrière des Alpes en se jetant avec toutes ses forces par le col de Cadibone sur le seuil de Carcare, centre du vide laissé entre les deux armées ennemies ; à séparer les Autrichiens des Sardes et à chercher à les battre successivement.

Étant inférieur en nombre à ses deux adversaires réunis, il va profiter de leur séparation initiale, de façon à prendre entre eux deux une position centrale d'où il manoeuvrera pour les écraser successivement.

Cette position centrale, il va la prendre par une rapide et brusque offensive sur le seuil de Carcare, dépression qui sépare les Alpes des Apennins, et où les montagnes s'abaissent à 400 mètres, au point de n'être plus que des collines praticables en tout temps.

1°) De Savone à Carcare il n'y a qu'une marche : il peut donc fondre sur l'ennemi instantanément et s'ouvrir du premier coup les portes du Piémont et de la Lombardie, Carcare étant précisément le point où convergent les deux grandes routes de Turin (par Ceva et Cherasco) et de Milan (par Dego, Acqui et Alexandrie).

2°) En outre, une fois l'armée française à Carcare, ses deux adversaires, séparés par les longs contreforts des Alpes et de l'Apennin où n'existent que de mauvais chemins, ne pourront en fait, se réunir que par la route Cherasco, Acqui, Novi, à 70 kilomètres plus au Nord.

3°) Enfin en se portant à Carcare, Bonaparte table sur l'individualisme de ses ennemis. En effet, de nationalités différentes, unis seulement par une antipathie commune, bien plus que par des sympathies réciproques, ils étaient déjà séparés moralement. Et il était à peu près certain qu'une fois l'armée française à Carcare, ils lui faciliteraient la tâche en prenant des lignes de retraite divergentes, pour s'empresser de couvrir directement leurs capitales respectives, Milan et Turin.

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MessageSujet: Re: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 10:14

Le plan de Bonaparte

Connaissant « comme sa poche » l'Italie, où il avait opéré en 1794, connaissant encore mieux les hommes, dont il savait tirer parti, prudent et audacieux à la fois, le jeune général allait dès le début s'imposer comme un maître.

Disséminées sur une circonférence de 75 lieues pour garder les principaux passages des Alpes, les deux armées des Alpes et d'Italie se tenaient dans une vaine défensive.

C'est avec un plan offensif que se présente Bonaparte. Ce plan longuement médité, proposé dès 1794, consiste essentiellement à tourner la barrière des Alpes en se jetant avec toutes ses forces par le col de Cadibone sur le seuil de Carcare, centre du vide laissé entre les deux armées ennemies ; à séparer les Autrichiens des Sardes et à chercher à les battre successivement.

Étant inférieur en nombre à ses deux adversaires réunis, il va profiter de leur séparation initiale, de façon à prendre entre eux deux une position centrale d'où il manoeuvrera pour les écraser successivement.

Cette position centrale, il va la prendre par une rapide et brusque offensive sur le seuil de Carcare, dépression qui sépare les Alpes des Apennins, et où les montagnes s'abaissent à 400 mètres, au point de n'être plus que des collines praticables en tout temps.

1°) De Savone à Carcare il n'y a qu'une marche : il peut donc fondre sur l'ennemi instantanément et s'ouvrir du premier coup les portes du Piémont et de la Lombardie, Carcare étant précisément le point où convergent les deux grandes routes de Turin (par Ceva et Cherasco) et de Milan (par Dego, Acqui et Alexandrie).

2°) En outre, une fois l'armée française à Carcare, ses deux adversaires, séparés par les longs contreforts des Alpes et de l'Apennin où n'existent que de mauvais chemins, ne pourront en fait, se réunir que par la route Cherasco, Acqui, Novi, à 70 kilomètres plus au Nord.

3°) Enfin en se portant à Carcare, Bonaparte table sur l'individualisme de ses ennemis. En effet, de nationalités différentes, unis seulement par une antipathie commune, bien plus que par des sympathies réciproques, ils étaient déjà séparés moralement. Et il était à peu près certain qu'une fois l'armée française à Carcare, ils lui faciliteraient la tâche en prenant des lignes de retraite divergentes, pour s'empresser de couvrir directement leurs capitales respectives, Milan et Turin.


La manoeuvre de Montenotte

Dès sa prise de commandement, Bonaparte fait sentir partout son activité : il organise les convois et les approvisionnements, renforce les divisions actives par des éléments prélevés sur celles de la côte, installe ses avant-postes dans des positions fortifiées et bien choisies, met l'armée en état de passer à l'offensive d'un moment à l'autre, et prend toutes les dispositions préparatoires à sa manoeuvre.

Pour réussir son coup offensif sur le seuil de Carcare, il menacera de vouloir se porter d'une part sur Turin, de l'autre sur Alexandrie et la Lombardie.

1°) Vers Turin il prépare deux démonstrations : l'une, des divisions Macquart et Garnier par le col de Tende, l'autre de la division Sérurier, par la haute vallée du Tanaro.

De plus il organise à Ormea et à Garessio des magasins considérables qui achèveront d'abuser Colli, et qui d'ailleurs, une fois l'armée à Carcare, permettront de raccourcir ultérieurement la ligne de communication qui le relie à la France.

2°) Vers Alexandrie, il va retenir le gros des Autrichiens autour de Novi, en utilisant la pointe intempestive faite vers Gênes (la route de Gênes à Alexandrie passe par Novi) par la brigade Pijon portée à Voltri sur ordre de son prédécesseur, en vue d'appuyer une demande d'emprunt auprès du grand conseil et aussi de s'emparer des grands moulins de Voltri pour avoir la farine nécessaire à la subsistance de l'armée.

Jugeant qu'il était trop tard pour revenir sur cette mesure, et pensant que la retraite de cette brigade dévoilerait ses véritables intentions, plus sûrement que ne le faisait sa présence, il résolut de tirer parti de cette position et de la transformer en stratagème qui donnerait le change à Beaulieu. Il accentua donc le mouvement en la faisant renforcer par un détachement, de façon à faire croire à une marche de toute l'armée sur Gênes, bien convaincu d'ailleurs qu'avec le soutien qu'il lui envoyait, cette brigade serait en état de contenir l'ennemi jusqu'à l'exécution de ses projets définitifs.

3°) Enfin il concentre vers Savone le gros de ses forces (soit 28 000 hommes environ) avec lequel il compte le 15 avril entamer son opération sur Carcare.

Dispositions des Autrichiens

Mis en éveil par le mouvement de la brigade Pijon sur Voltri, Beaulieu, prévenu d'ailleurs par le sénat de Gênes alarmé, s'était empressé de prendre toutes ses dispositions pour passer à l'offensive à la date du 10 avril.

Tandis que, lui, Beaulieu se porterait par Novi et le col de la Bochetta sur Voltri pour couvrir Gênes directement, le corps de d'Argenteau (10 000 hommes) marcherait par Montenotte sur Savone, pour couper la route de la Corniche à l'armée française, qu'on croit en marche sur Gênes.

Mais le général sarde Colli, dont les avant-gardes occupaient les hautes vallées de la Bormida et du Tanaro n'était même pas avisé du mouvement.


Offensive autrichienne

Le 10 avril, Beaulieu attaque à Voltri la brigade qui s'y trouve : celle-ci devant des forces supérieures, se retire en défendant le terrain pied-à-pied.

Quant à d'Argenteau qui s'était attardé, il attaque le 11 nos avant-postes de Montenotte et se voit immobilisé devant la redoute du Monte Legino par l'énergique résistance du chef de brigade Rampon (voir encadré).





Réaction de Bonaparte

Ces deux attaques forcent Bonaparte à déclencher plus tôt son offensive. Aussitôt il prend ses dispositions : restant sur la défensive du côté de Gênes (c'est-à-dire utilisant la capacité de résistance de la brigade qui est à Voltri, et qui gagnera du temps) il décide d'attaquer avec toutes ses forces disponibles d'Argenteau à Montenotte, et dans la nuit il leur fait traverser l'Apennin.

Laharpe se portera directement sur Monte Legino pour renforcer Rampon.

Masséna (avec la division Meynier) passera par le col de Cadibone pour de là déborder le flanc gauche des Autrichiens.

Augereau par le col Saint-Jacques et Carcare gagnera Cairo, pour déborder s'il y a lieu les derrières de l'ennemi.

Sérurier fera des démonstrations pour fixer devant lui les Sardes.

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MessageSujet: Re: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 10:15

Le brave colonel Rampon à Monte Legino et à Montenotte

Le Monte Legino dominait et couvrait Savone et Montenotte. Forte de trois redoutes de terre en assez mauvais état, la position était tenue par deux bataillons de la 17e demi-brigade quand d'Argenteau l'attaqua le 10 avril.

Le colonel Rampon en reconnaissance dans les parages du pont de la Madone de Savone vint en renfort avec 900 hommes de la 32e demi-brigade. Trois colonnes ennemies l'attaquèrent. Rampon fit alors prêter serment à ses soldats qui jurèrent de mourir à leur poste. Ayant reçu quelques renforts le lendemain, Rampon repoussa tous les assauts et la résistance acharnée de Monte Legino incita Bonaparte à prendre l'offensive à Montenotte le 12 avril.

Rampon sortant de la redoute se joignit alors aux troupes de Laharpe pour participer à la victoire. Rampon, un Cévenol rugueux et volontaire avait été promu général de brigade le 11 avril ce qui en dit long sur l'importance que Bonaparte attacha à son combat. Il le mentionna d'ailleurs dans une lettre au Directoire. Celui qui avait joué un rôle essentiel dans la préparation de la première victoire de Bonaparte sera divisionnaire en 1800, sénateur et retraité en 1802 (il était né en 1759). Il commandera ensuite des gardes nationales dans le nord de la France et sera comte d'Empire en 1808. Il mourra en 1842.

Voilà la version officielle de cette affaire glorieuse.


Pourquoi Rampon et pas Fornésy

Il est vrai que la résistance du Monte Legino, les 10 et 11 avril 1796, première « victoire » de la campagne a évité un risque probable d'échec de la manoeuvre de Montenotte. Mais dans le détail les événements sont un peu différents. Sur le Monte Legino se tenait le colonel Fornésy, vieil officier expérimenté d'origine suisse avec un petit millier de soldats de la 17e demi-brigade. Il résista d'abord seul avec succès pendant plusieurs heures avant d'être rejoint par Rampon avec ses 900 hommes de la 32e. Celui-ci était le plus ancien en grade même s'il avait moins d'années de service et s'il n'était que colonel « à la suite ». Les deux officiers collaborèrent activement dans la poursuite de la résistance.

Mais c'est Rampon qui, d'autorité, s'attribua le commandement des troupes bien qu'il ne fût pas en titre le commandant de la position et c'est Rampon qui écrivit à Masséna à 5 h 30, le 11, un billet relatant la situation et demandant des renforts : « Si nous avions eu des pièces, nous les aurions débusqués ». Car, en dépit des tableaux et des gravures, il n'y avait pas un seul canon sur le Monte Legino.

Bien protégés en tirant d'en haut sur les Autrichiens à découvert les Français eurent peu de pertes : 4 tués et une trentaine de blessés pour la 17e, et 2 tués et 10 blessés pour la 32e, ce qui relativise le rôle de cette dernière.

Bonaparte célébra cette résistance qui avait empêché effectivement d'Argenteau de foncer sur Savone où étaient réunis d'immenses magasins et de couper en deux l'armée française en formation. Il ne cita que Rampon. Pourquoi ? Rampon s'était mis seul en avant en faisant prêter serment et en écrivant à Masséna, et Fornésy, pondéré et discret, avait laissé faire. Plus tard Masséna et Laharpe dans leurs rapports distinguèrent le rôle de Fornésy. Masséna alla même plus loin dans ses Mémoires sur le rôle de Rampon : « Rien ne prouve que Rampon ait ici fait plus que les autres... Il y a concouru, c'est incontestable, mais accidentellement ». Il doute même qu'il y ait eu à Monte Legino un seul étendard sur lequel prêter serment.

Mais sur l'instant la chose fut entendue. Bonaparte avait cité dans son rapport au Directoire le serment de Rampon « un de ses élans qui caractérisent une âme forte et formée pour de grandes actions ». L'héroïsme romantique d'un Cévenol farouche se prêtait beaucoup mieux à la mise en scène que la résistance opiniâtre d'un vieil officier discipliné d'origine suisse. Plus tard, il n'y avait guère moyen ni intérêt de revenir là-dessus. Rampon était devenu un personnage important de l'Empire, et Fornésy était resté selon ses termes « républicain et libre et voulant mourir tel». Les tableaux et les gravures faisaient foi de la version officielle. Et c'est ainsi que Rampon resta et restera pour l'Histoire le seul héros de Monte Legino.


12 avril ­ Combat de Montenotte



Dès le matin du 12 avril, le combat recommence autour des redoutes du Monte Legino : d'Argenteau attaqué de front par Rampon et Laharpe essaye en vain de tenir à Montenotte, mais assailli en flanc et en queue par Masséna, il est obligé, après de grosses pertes, de battre en retraite.

Mais malgré une marche forcée de plus de douze heures, la division Augereau arrivait trop tard à Carcare pour transformer en déroute la défaite de l'ennemi qui avait repris le chemin d'Acqui.

Néanmoins Bonaparte avait obtenu le premier résultat qu'il s'était imposé : son armée concentrée autour de Carcare occupait une position centrale entre les Sardes et les Autrichiens. Il ne restait plus qu'à consommer la séparation de ces deux adversaires. Pour cela :

1°) Il pousse deux divisions :

Augereau sur la route de Turin, avec mission d'attaquer Millesimo, Monte-Zemolo et de se relier à Sérurier (avant-garde offensive vers les Sardes).

Masséna sur la route d'Acqui, avec mission d'achever la poursuite des Autrichiens, d'occuper Dego et de tenir ainsi la route de Milan (avant-garde défensive contre les Autrichiens).

2°) Son gros, partie à Cairo (Laharpe), partie à Carcare, est prêt à appuyer l'une ou l'autre des deux avant-gardes.















14 et 15 avril ­ Combats de Dego

Le 14 avril Masséna après avoir refoulé les arrières-gardes de d'Argenteau s'empare de Dego (1er combat de Dego).

Quant à Augereau après avoir occupé le 13 le village de Millesimo il consacre la journée du lendemain à la prise de Cosseria où tenait bon le corps de liaison du général Provera.

Le 15 avril, Augereau occupe Monte-Zemolo faisant ainsi sa jonction avec la division Sérurier.

Mais au Nord, quelques bataillons autrichiens envoyés par Beaulieu au secours de son lieutenant, et commandés par Wukassovitch, tombent à l'improviste sur les soldats de Masséna qui n'ayant pas reçu de vivres étaient en maraude aux abords de Dego, et les chassent de cette ville.

Laharpe arrive au secours de Masséna et on reprend Dego au prix de pertes sérieuses et sans pouvoir inquiéter la retraite de l'ennemi (2e combat de Dego).

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MessageSujet: Re: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 10:17

Conquête du Piémont - Cherasco

La séparation des alliés est achevée. Bonaparte va chercher dès lors à les attaquer et à les battre successivement : bien que les ordres du Directoire lui prescrivent d'attaquer d'abord les Autrichiens qui constituent le groupe le plus fort, il préfère au contraire mettre en premier lieu hors jeu les Sardes (telle était son idée d'ailleurs avant même le début des opérations) non pas seulement parce que Colli était son adversaire le plus proche, parce qu'il sentait la monarchie sarde aux abois et prête à demander la paix, mais encore et surtout parce que de ses deux adversaires Colli était celui qui par sa position menaçait le plus directement sa ligne de communication et de retraite.

Il va donc d'abord attaquer les Sardes, mais toujours en se couvrant contre les Autrichiens. À cet effet il détache :

1°) Laharpe à Dego comme corps d'observation contre les Autrichiens et comme couverture de sa ligne de communication sur Savone.

2°) Masséna à San-Benedetto sur le Belbo, soit pour menacer la retraite des Sardes sur Turin par la route directe, soit pour se porter sur les derrières des Autrichiens s'ils pressaient par trop Laharpe à Dego.


Attaque de Ceva

Le 16 avril, Augereau réduit à ses seules forces attaque le camp de Ceva et échoue. Le lendemain 17, avec le concours de Sérurier il s'empare des redoutes qui défendent l'approche du camp, mais dans la nuit, Colli l'évacue et se retire derrière la Corsaglia, sur le plateau de la Bicoca.

Attaque du plateau de la Bicoca
Mondovi

Bonaparte combine pour le 19, l'attaque de ce plateau, de front par Sérurier, et à revers par Augereau, qui descendra le Tanaro pour le franchir au-delà du confluent de la Corsaglia.

Mais une crue du Tanaro empêche ce dernier de passer et d'appuyer l'attaque de Sérurier qui est repoussée.

Ayant besoin de renforts pour enlever la position, Bonaparte va se tirer d'affaire en changeant sa ligne de communication qu'il prend par Garessio sur Albenga. N'ayant plus besoin alors de garder aussi fortement la route de Savone, il peut envoyer Laharpe relever Masséna à San-Benedetto et rappeler à lui ce dernier pour renouveler le 21 l'attaque du plateau de la Bicoca.

En même temps il se constitue à Ceva un nouveau centre d'opérations que doit garder la brigade Rusca. En effet, lorsque sa ligne de communication devient trop longue, Napoléon organise un centre d'opérations, c'est-à-dire une place où il concentre des approvisionnements,et où il laisse ses parcs, ses dépôts, ses malades. Il lui suffit alors de conserver sa liaison avec ce centre, ce qui lui donne ainsi une plus grande liberté de manoeuvre.

Prévoyant une attaque et craignant à son tour pour sa ligne de communication, Colli se dérobe dans la nuit et se retire à Mondovi d'où un nouveau combat, le force à se retirer (22 avril).

Après un court repos à Mondovi, pendant lequel il s'efforce de rétablir l'ordre, Bonaparte continue sa marche et arrive le 25 à Cherasco où il trouve des approvisionnements considérables.

Armistice de Cherasco

La Cour de Turin effrayée, a fait proposer un armistice, qui est signé le 28 avril à Cherasco : le roi de Sardaigne se retire de la coalition et nous livre les places de Coni, Tortone et Alexandrie, avec l'artillerie et les magasins, et le passage du Pô à Valenza (Valence).

Ainsi la jonction de l'armée d'Italie avec l'armée des Alpes était opérée ; sa ligne de communication qui allait désormais passer par Nice et le col de Tende était raccourcie de moitié ; le ravitaillement, la remonte étaient assurés. Tels étaient les résultats de ces brillants débuts : en dix-huit jours, Bonaparte avait battu deux armées, remporté six victoires, et obtenu du roi de Sardaigne, ce que quatre années d'efforts renouvelés par ses prédécesseurs, n'avaient pu le décider à accepter.

Le général Stengel
blessé le 21 avril, mort le 28

À la bataille de Mondovi, pendant que la ville capitulait, le général Stengel se lança à la poursuite de l'ennemi à la tête d'un fort parti de cavaliers. Isolé, encerclé par les dragons piémontais revenus en nombre, il reçut plusieurs coups de sabre, eut le bras fracassé par un coup de pistolet et fut fait prisonnier. C'est alors que Murat intervint. Il rallia les escadrons français, chargea avec succès les cavaliers ennemis, les repoussa sur leur infanterie et délivra Stengel qu'il ramena dans les lignes françaises. Amputé, il mourra le 28 avril et non pas le jour de la bataille comme indiqué un peu partout.

À Sainte-Hélène Napoléon a dit de lui qu'il était « un excellent officier de hussards », qu'il « était adroit, intelligent, alerte, il réunissait les qualités de la jeunesse à celles de l'âge avancé [il était né en 1744] ; c'était un vrai général d'avant-poste... Malheureusement Stengel avait la vue basse, défaut essentiel dans sa profession, et qui lui fut funeste » (Campagnes d'Italie).

D'après Antonmarchi Napoléon sur son lit de mort, aurait appelé les noms de Desaix, Masséna et Stengel (?).

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MessageSujet: Re: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 10:17

Fausse et vraie proclamations

À Nice, le 30 ou le 31 mars, Bonaparte aurait rédigé la fameuse et lapidaire proclamation (datée du 27 dans la Correspondance) souvent reproduite sans réserves ni commentaires par de grands historiens et encore récemment par des « spécialistes » ­ proclamation qui serait la première d'une longue et non moins fameuse série :

Soldats, vous êtes nus, mal nourris. Le Gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de ces rochers, sont admirables ; mais ils ne vous procurent aucune gloire, aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je veux vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir ; vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqueriez-vous de courage ou de constance ?

Le général Desvernois (1771-1859) sera l'un des derniers survivants de l'armée d'Italie. Sous-lieutenant à Nice en mars 1796, il donne à peu près le texte de la proclamation dans ses Mémoires (Paris, 1898, p. 40). Mais ces Mémoires ont été écrits en 1844 après la publication de l'Histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1833 (5 vol. Paris 1835-1837) où elle figure, comme elle figurait auparavant dans le Mémorial. En revanche Pelleport (Souvenirs, Bordeaux, 1857), Giraud (Carnet de campagne, Paris 1898), Roguet (Mémoires, Paris, 1863), tous trois présents, parlent de diverses harangues, allocutions prononcées lors de prises d'armes et de revues, où se retrouve le sens de la fameuse proclamation mais pas les mots, et surtout pas le style. Ces allocutions ne furent d'ailleurs pas toujours bien accueillies.

En fait, cette première proclamation d'un ton césarien fut rédigée sur le chemin de Sainte-Hélène pour résumer les souvenirs des allocutions prononcées. Ce n'est pas du Bonaparte 1796, c'est du Napoléon 1815.

Si bien que la « deuxième » proclamation de Cherasco, au style résolument révolutionnaire, dont nous donnons-ci-dessous le texte, est en fait la première.

Quartier général, Cherasco, 7 floréal an IV.

Soldats, vous avez en quinze jours remporté 6 victoires, pris 21 drapeaux, 55 pièces de canon, plusieurs places fortes, conquis la partie la plus riche du Piémont ; vous avez fait 17 000 prisonniers, tué ou blessé plus de 10 000 hommes.

Vous vous étiez jusqu'ici battus pour des rochers stériles, illustrés par votre courage, mais inutiles à la patrie ; vous égalez aujourd'hui, par vos services, l'armée de Hollande et du Rhin.

Dénués de tout, vous avez suppléé à tout. Vous avez gagné des batailles sans canons, passé des rivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eau de vie, souvent sans pain. Les phalanges républicaines, les soldats de la liberté étaient seuls capables de souffrir ce que vous avez souffert. Grâces vous en soient rendues, soldats !

La patrie reconnaissante vous devra sa prospérité ; et si vainqueurs de Toulon, vous présageâtes l'immortelle campagne de 1794, vos victoires actuelles en présagent une plus belle encore.

Les deux armées qui, naguère vous attaquaient avec audace, fuient épouvantées devant vous : les hommes pervers qui riaient de votre misère et se réjouissaient dans leur pensée des triomphes de vos ennemis sont confondus et tremblants.

Mais, soldats, vous n'avez rien fait puisqu'il vous reste encore à faire. Ni Turin ni Milan ne sont à vous ; les cendres des vainqueurs de Tarquin sont encore foulées par les assassins de Basseville (1).

Vous étiez dénués de tout au commencement de la campagne ; vous êtes aujourd'hui abondamment pourvus : les magasins pris à vos ennemis sont nombreux ; l'artillerie de siège et de campagne est arrivée. Soldats, la patrie a droit d'attendre de vous de grandes choses ; justifierez-vous son attente ? Les plus grands obstacles sont franchis, sans doute ; mais vous avez encore des combats à livrer, des villes à prendre, des rivières à passer. En est-il entre vous dont le courage s'amollisse ? En est-il qui préféreraient retourner sur les sommets de l'Apennin et des Alpes, essuyer patiemment les injures de cette soldatesque esclave ? Non, il n'en est point parmi les vainqueurs de Montenotte, de Dego et de Mondovi. Tous brûlent de porter au loin la gloire du peuple français ; tous veulent humilier les rois orgueilleux qui osaient méditer de nous donner des fers ; tous veulent dicter une paix glorieuse et qui indemnise la patrie des sacrifices immenses qu'elle a faits ; tous veulent, en rentrant dans leurs villages, pouvoir dire avec fierté : « J'étais de l'armée conquérante de l'Italie ! »

Ainsi, je vous la promets cette conquête ; mais il est une condition que vous jurez de remplir : c'est de respecter les peuples que vous délivrez, c'est de réprimer les pillages horribles auxquels se portent des scélérats suscités par vos ennemis. Sans cela, vous ne seriez pas les libérateurs des peuples, vous en seriez les fléaux ; vous ne seriez pas l'honneur du peuple français, il vous désavouerait. Vos victoires, votre courage, vos succès, le sang de vos frères morts au combat, tout serait perdu, même l'honneur et la gloire. Quant à moi et aux généraux qui ont votre confiance, nous rougirions de commander à une armée sans discipline, sans frein, qui ne connaîtrait de loi que la force. Mais, investi de l'autorité nationale, fort de la justice et par la loi, je saurai faire respecter à ce petit nombre d'hommes sans courage et sans coeur les lois de l'humanité et de l'honneur qu'ils foulent aux pieds. Je ne souffrirai pas que ces brigands souillent vos lauriers ; je ferai exécuter à la rigueur le règlement que j'ai fait mettre à l'ordre. Les pillards seront impitoyablement fusillés ; déjà, plusieurs l'ont été : j'ai eu lieu de remarquer avec plaisir l'empressement avec lequel les bons soldats de l'armée se sont portés pour faire exécuter les ordres.

Peuples de l'Italie, l'armée française vient pour rompre vos chaînes ; le peuple français est l'ami de tous les peuples ; venez avec confiance au-devant d'elle ; vos propriétés, votre religion et vos usages seront respectés.

Nous faisons la guerre en ennemis généreux et nous n'en voulons qu'aux tyrans qui vous asservissent.

(1) Diplomate assassiné le 13 janvier 1793 à Rome au cours d'une bagarre.



Conquête de la Lombardie - Lodi

Débarrassé des Sardes, et sans attendre même la ratification par le gouvernement de l'armistice de Cherasco, Bonaparte veut en finir avec les Autrichiens avant que ceux-ci n'aient pu recevoir des renforts du Tyrol ; il désire en effet profiter, et de l'ascendant moral qu'il vient d'acquérir, et de la supériorité numérique momentanée dont il dispose.

Beaulieu consterné s'est retiré avec le gros de ses forces sur la rive gauche du Pô derrière l'Agogna, dans l'intention de disputer le passage du fleuve à Valenza où il pense que les Français chercheront à le franchir et dont il a détruit le pont.

Mais Bonaparte ne peut songer dans ces conditions, et ne disposant pas d'équipage de pont, à risquer en ce point une action de force : il va agir par surprise en longeant la rive droite du Pô et en cherchant à le passer vers Plaisance.

Les avantages de cette manoeuvre, et tels qu'il les expose dans sa lettre au Directoire en date du 6 mai sont nombreux : tout d'abord il tourne d'un seul coup toutes les lignes de défense que Beaulieu pourrait établir sur les affluents de la rive gauche ; ensuite, si les Autrichiens s'attardent où ils se trouvent, il espère couper leur ligne de retraite sur le Tyrol et les placer dans une situation critique.

Coupé de ses magasins, Beaulieu sera réduit soit à capituler, soit à tenter de « passer sur le ventre de l'armée française » dans une bataille à fronts renversés.


Manoeuvre de Lodi

Bonaparte prend donc les dispositions suivantes :

1°) Pour donner le change à Beaulieu, il laisse la division Sérurier exécuter devant Valenza des préparatifs de passage très apparents.
2°) Il lance sur Plaisance sous le commandement de Dallemagne, une avant-garde composée de cinq bataillons d'élite et de toute la cavalerie.
3°) Le gros de l'armée renforcé des divisions Macquart et Garnier et d'une partie de l'armée des Alpes, est maintenu autour de Tortone et de Voghera, prête à tout événement.


Journée du 7 mai

L'avant-garde de Dallemagne franchit en 36 heures les 64 kilomètres qui séparent Tortone de Plaisance, force le passage défendu par quelques cavaliers ennemis et se fortifie sur la rive gauche.

Pendant ce temps le gros, échelonné le long du Pô pour obliger Beaulieu à diviser ses forces et son attention, suit à peu de distance : Laharpe passe le fleuve dans la soirée, tandis qu'Augereau utilise avec sa division le gué de Verato (10 kilomètres à l'ouest de Plaisance). Quant à Masséna il est encore à Voghera.



Journée du 8 mai
Fombio et Codogno

Pendant ce temps Beaulieu, informé de nos mouvements, s'est mis en retraite et a envoyé une division vers Plaisance pour s'opposer au passage. Cette division est battue à Fombio et à Codogno. Dans le combat de nuit qui suit cette affaire, Laharpe est tué (voir encadré).

Le manque de chaussures et l'absence d'équipage de pont retardent l'arrivée des colonnes et le passage du Pô. Bonaparte conclut avec le duc de Parme un traité qui lui assure de l'argent et de vivres.

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MessageSujet: Re: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 10:18

Laharpe tué par une balle française

Laharpe avait passé le Pô à Plaisance le 9 mai, avec sa division. Beaulieu, averti, avait envoyé 5 000 hommes qui arrivèrent à Codagno dans la nuit du 9 au 10 à 2 heures du matin. Il y eut des échanges de coups de feu avec les avant-postes français. Laharpe qui finissait de dîner après une journée harassante et bien remplie sauta à cheval avec quelques cavaliers et arriva sur la place du village au moment où y débouchait la 51e demi-brigade. Les Autrichiens qui se tenaient de l'autre côté tirèrent. On riposta. Le général avait disparu. On le retrouva à terre, frappé d'une balle au coeur, sûrement une balle française.

Napoléon a dit de lui à Sainte-Hélène : « Laharpe était un officier d'une bravoure distinguée; grenadier par la taille et le coeur, conduisant avec intelligence ses troupes dont il était fort aimé, quoique d'un caractère inquiet ». Il aurait eu un pressentiment funeste « tout le soir qui a précédé sa mort ».

Napoléon a raconté à Gourgaud : « ... Il ne se trouvait certes pas dans son état naturel. Saorgio est pris pendant la nuit et Laharpe fait une reconnaissance en avant, en rentrant à 2 heures du matin, nos troupes se trompent, tirent sur son escorte et il est tué » (Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène), 14 octobre 1817). Napoléon ne connaissait pas les circonstances exactes qui ont d'ailleurs donné lieu à controverses, mais l'important est qu'il se souvenait très bien de la mort de Laharpe et de son comportement étrange dont il donne d'ailleurs les preuves dans un passage précédent du récit fait à Gourgaud.


10 mai - Combat du Pont de Lodi

Dès que ses forces sont réunies, Bonaparte se porte sur Lodi pour couper la retraite de Beaulieu. Mais celui-ci est déjà passé : une forte arrière-garde (7 000 hommes et 14 bouches à feu), sous les ordres de Sebottendorf, défend le pont de Lodi. Le forcement du passage semble impossible. Bonaparte n'hésite cependant pas. Tandis qu'il envoie une partie de sa cavalerie à gué en amont, il fait braquer deux pièces sur le pont pour en empêcher la destruction, déjà gênée par le feu des tirailleurs occupant les remparts de la ville.

Puis lorsque ses troupes sont à pied d'oeuvre, il lance sur le pont une colonne de grenadiers qui, généraux en tête, parvient sous un feu violent à gagner la rive gauche. Au même moment notre cavalerie tombe sur le flanc droit de Sebottendorf qui se décide à la retraite, laissant entre nos mains 2 000 prisonniers et 14 pièces de canon.

15 mai - Entrée à Milan

Beaulieu s'est retiré derrière Moglio. Le 15 mai, Bonaparte entre triomphalement à Milan. Il donne huit jours de repos à ses troupes et traite avec le duc de Modène.

C'est ce moment que choisit le Directoire pour inviter le vainqueur à partager son commandement avec Kellermann. Bonaparte refuse et offre sa démission plutôt que « d'exécuter un plan qu'il juge mauvais ». Il obtient gain de cause.


Manoeuvre de Castel-Nuovo

Le 21 mai, il apprend que la paix est signée avec la Sardaigne. Aussitôt, il met ses troupes en marche. Beaulieu a reculé derrière le Mincio qu'il défend en cordon, appuyant sa droite à Peschiera, sa gauche à Goïto, et a jeté une forte garnison dans Mantoue.

Fixant les Autrichiens aux extrémités de leur ligne par des démonstrations, Bonaparte force le passage au centre au pont de Borghetto. Il dirige vers Valeggio son avant-garde sous Kilmaine, tandis qu'Augereau marchant sur Castel-Novo menace la ligne de retraite de Beaulieu. Celui-ci se retire derrière l'Adige et de là dans le Tyrol.

Avec ses 40 000 hommes, Bonaparte a atteint les limites de son offensive ; avant d'aller plus loin il faut qu'il songe à assurer sa conquête.

Une tentative brusquée sur Mantoue avec deux divisions n'amène qu'un échec ; comme l'équipage de siège est encore à Milan, occupé au siège de la Citadelle, on ne peut que faire le blocus de la place qui est confié à Sérurier.

Dès lors ayant appris que les renforts autrichiens (25 à 30 000 hommes sous les ordres de Wurmser) envoyés du Haut-Rhin sur le Tyrol, ne pourraient matériellement arriver avant les premiers jours de juillet, Bonaparte avec une partie de ses forces s'empressa de se conformer aux désirs du Directoire pour entreprendre une expédition dans l'Italie centrale.

En trois semaines il désarme les Princes de la rive droite du Pô et opère la soumission de cette partie de la Péninsule.

Commentaires

« La force d'une armée, comme la quantité de mouvement en mécanique, s'évalue par la masse, multipliée par la vitesse. » Napoléon

Ce qui frappe tout d'abord dans ces premières victoires de Bonaparte, c'est qu'elles sont pour ainsi dire foudroyantes. Cette rapidité dans les opérations est un des éléments essentiels de son système de guerre, c'est une de ses qualités personnelles et caractéristiques. Cette vivacité de manoeuvre n'est pas due seulement à ses talents ; elle a été rendue possible et préparée par l'adoption du principe divisionnaire permettant l'articulation des forces et la manoeuvre.

En second lieu, cette première partie de la campagne de 1796, une des plus brillantes et des plus fécondes parmi les campagnes napoléoniennes, porte nettement l'empreinte de ce que sera la manière de Napoléon.

Nombre de ses manoeuvres ultérieures seront sur d'autres terrains la réédition de cette manoeuvre de Montenotte dans laquelle le jeune commandant en chef vient de se révéler et de se montrer aussi grand général qu'il sera jamais. Cette manoeuvre sur position centrale, parmi les plus hardies qu'il ait conçues, est basée à la fois sur l'utilisation judicieuse de ses forces, sur leur répartition économique et surtout sur l'exacte et profonde connaissance de ses adversaires. « C'est une révolution dans l'art de la guerre ; et du premier coup il a su tirer tout le parti possible de l'instrument nouveau que la Révolution lui a donné, utilisant avec une perfection consommée, et dans une action commune, deux forces en apparence contradictoires, la souplesse du principe divisionnaire et la puissance d'un commandement unique » (colonel Colin).

Son idée fixe, c'est de réaliser à tout instant, la supériorité numérique en se constituant une masse qu'il a le talent de savoir engager au point décisif.

Pour cela il se garde dans les directions dangereuses ou intéressantes, au moyen de divisions détachées à 10 ou 12 kilomètres de sa masse, de son corps de bataille (comme il l'appelle), réservant à son gros une zone inviolable où il pourra le faire manoeuvrer.

Son armée en tous cas, est toujours réunie et n'a qu'une ligne d'opération, c'est un des principes qu'il affirmera mainte fois plus tard et qui déjà chez lui est systématique. Quand Napoléon parle de son armée réunie cela ne veut pas dire qu'elle est concentrée (elle ne l'est en général qu'au moment de la bataille) ; cela signifie que les différents corps sont à même de se soutenir réciproquement dans le cas où l'un d'eux serait attaqué. La grandeur de la zone de réunion est donc fonction de l'éloignement de l'ennemi. Employer toutes ses forces au but principal cherché, et dans ce tout, employer la plus forte partie directement, la plus faible indirectement, c'est appliquer le principe de l'économie des forces.

Pour atteindre son but, Bonaparte attaque, mais il n'attaque pas partout à la fois. Puisqu'il cherche à être le plus fort à un endroit donné, il se résigne à être le plus faible ailleurs et à rester dans une attitude défensive partout, sauf dans la zone où il veut obtenir le succès. Cette défensive d'ailleurs n'a qu'un but, gagner du temps contre des forces supérieures, et pour cela les troupes qui en sont chargées perdront au besoin du terrain (c'est le combat en retraite de la brigade Pijon à Voltri).

Après s'être débarrassé des Piémontais, dès qu'il dispose contre les Autrichiens de forces supérieures, c'est un autre genre de manoeuvre qu'il exécute contre eux, la manoeuvre sur les derrières : on la lui verra rééditer maintes fois au cours de sa carrière, et on peut même dire que c'est sa manoeuvre préférée à cause de la désorganisation matérielle et morale qu'elle produit chez l'adversaire si elle réussit. À Lodi, le succès ne l'a pas complètement couronnée, puisque Bonaparte est arrivé un peu tard, mais néanmoins le principe en est le suivant :

Tandis qu'il fixe, accroche, ou occupe son adversaire dans la position où il est, par un feinte, par une démonstration, il porte brusquement la masse de ses forces préalablement réunies, par des marches rapides, dans la zone de retraite de son ennemi, et s'efforce d'y tenir une barrière topographique (à des points de passage obligés) (ici la ligne de l'Adda).

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MessageSujet: Re: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 10:18

On conçoit alors l'effet moral que produit sur cet ennemi, la nouvelle de l'arrivée de l'armée française sur sa ligne de retraite, alors qu'il était dans la plus parfaite quiétude. La première pensée qui lui vient, c'est en général de faire refluer tous ses corps le plus vite possible, de façon à chercher à repasser ces défilés avant qu'ils soient aux mains de l'adversaire. C'est le « sauve qui peut » général. Et c'est précisément le moment que Napoléon attend pour battre ces corps en détail, dans le désordre d'une retraite anticipée.

Dans cette première partie de la campagne, on le voit encore faire une remarquable application de la couverture indirecte, en portant une division à San Benedetto sur le Belbo, tandis qu'il attaque le camp de Ceva, rompant ainsi avec les errements de la guerre du XVIIIe siècle, avec la couverture directe, employée par Beaulieu à Gênes.

D'après Napoléon, Beaulieu au début, aurait dû faire, lui aussi, de la couverture indirecte, en réunissant toutes ses forces vers Acqui, sur le flanc de la marche présumée des Français vers Gênes par la Corniche.

De même après Montenotte et Millesimo, les Piémontais auraient dû se réunir vers Dego aux Autrichiens, couvrant ainsi Turin indirectement.

Enfin, il n'est pas une partie de l'art de la guerre sur laquelle il n'ait déjà porté l'empreinte de son génie : comme en témoigne l'organisation de sa ligne de communication, et le changement opportun qu'il sait en opérer selon les circonstances (d'abord par Carcare et Savone, ensuite par Garessio et Ormea, enfin par Cherasco, Coni et Tende).

Possédant déjà au suprême degré une science où nul ne l'égalera, celle du commandement, ayant déjà médité sur tout, ne livrant rien au hasard mais tout au calcul et à la réflexion, il a su donner du premier coup la mesure de ses étonnantes facultés militaires, dans cette immortelle campagne d'un mois, prélude de la plus grandiose épopée des temps modernes. (D'après le cours de tactique militaire du capitaine Corda. Droits réservés)

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MessageSujet: Re: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 11:22

Citation :
D'après le cours de tactique militaire du capitaine Corda. Droits réservés)
Ouais y a les sources!!!! lol!
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MessageSujet: Re: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 11:23

oui pour les autres c un oubli ou une mauvaise manip il est evident que ce n est pas moi qui ai pondu ca

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MessageSujet: Re: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 11:27

lol! je me le disais aussi lol!
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MessageSujet: Re: la 1ere campagne d Italie 1796   Jeu 4 Oct - 18:12

Une vrai encyclopédie notre ami Baguette a qui je souhaite un grand bonjours et biensur à toi aussi mon bon ami Suisse........

Amitié Pied Rouge
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